Nouvelle philosophique

vendredi 22 février 2002
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Pascal HARDY shoota haineusement dans une malheureuse boîte de conserve vide qui traînait sur le trottoir, avec cet indéfectible rictus de satisfaction perverse qu’on ne lui connaissait que sur les terrains de rugby lorsqu’il se permettait ce geste indélicat sur un adversaire bloqué au sol
« Quel dépotoir », marmonna-t-il entre ses dents tandis qu’il accélérait machinalement le pas, soucieux de quitter au plus vite ce quartier infâme
Il fallait bien se faire une raison : trois décennies de récession économique avaient fini par paupériser tellement la région que même Valenciennes n’échappait désormais plus au spectre du chômage et de la mendicité, et dans cet endroit miséreux de la ville, la décrépitude des façades, les murs vermoulus et balafrés qui s’alignaient en rang dérisoire sur la rue, offraient en terrible spectacle aux passants inconscients ou perdus qui s’attardaient encore ici, toute l’ignominie de la peste sociale qui rongeait jusqu’aux os les derniers habitants de ces masures.
Bien qu’il ne fut pas homme à s’attendrir des malheurs d’autrui, Pascal sentit un discret frisson lui parcourir l’échine. II haussa son épaule droite qui lui rendit illico une petite douleur, souvenir d’un placage trop appuyé contre un plus gros que lui, et remonta la lanière de son sac de sport afin que ce dernier ne pèse désormais que sur le musculeux relief du trapèze, sans effleurer l’articulation acromio-claviculaire toujours sensible. On a beau être dur, il est des sensations désagréables dont on se passe volontiers...
II vira à droite et s’engagea dans une rue étroite ou des porches malsains ouvraient de terrifiantes gueules aux relents fétides, découvrant des courées puantes et miséreuses au centre desquelles trônaient fièrement de pestilentielles latrines communes d’où s’exhalaient les fragrances les plus étonnantes, les plus diverses. II sentit la nausée lui remonter du plus profond des entrailles, et se pressa encore, au point de se surprendre à courir, pour échapper à ce cloaque abominable. Dans deux minutes, il déboucherait sur une grande avenue, et l’air y deviendrait presque respirable ! Et bientôt, il serait au terrain, où on l’attendait impatiemment pour commencer la partie
Fallait-il qu’il soit à ce point encore motivé pour supporter un tel trajet, une telle descente aux enfers avant d’aller rejoindre ses copains. Fallait-il qu’il croie toujours en son Club de rugby, qu’il y voie le dernier bastion d’orgueil de cette ville mourante, pour accepter sans sourcilier de se morfondre un instant dans les bas-fonds les plus infimes de la ville. Oui, fallait-il qu’il l’aime, sa Valenciennes, comme une maîtresse vieillissante dont on caresse les seins tombants et fripés du bout des doigts mais avec cette infinie tendresse du partenaire qui n’oublie pas.
Oh, certes, il l’avait trompée à l’occasion : à l’âge ambitieux et niais où l’on pressent confusément que l’avenir aura un jour un terme mais où l’on croit encore pouvoir courir contre le temps, ne s’était-il pas couché dans les draps de soie d’amante plus riche et plus parfumée, n’avait-il pas vendu son jeune corps et son âme infidèle à Lille, cette intrigante de la haute qui lui faisait les yeux doux. Qu’importe, il était revenu à ses premiers amours, et Valenciennes avait pardonné. Et depuis, il revivait d’interminables et somptueuses noces dans les bras sénescents de sa maîtresse, redevenu le fer de lance du Club, l’infatigable héros qui porte fièrement les couleurs de sa ville, comme un chevalier moyenâgeux arborant en guise d’oriflamme l’écharpe offerte par sa tendre damoiselle.
Et aujourd’hui, c’est le Club entier qui l’attendait pour démarrer le match, qui espérait en lui, en ses qualités physiques et techniques grâce auxquelles il avait meurtri tant de valeureux adversaires, laissé tant de cicatrices en guise de souvenir sur le corps des inconscients qui osaient parfois contester sa suprématie sur quelque terrain de rugby.
Il gonfla ses pectoraux en signe de fierté tandis qu’au loin se profilaient enfin les murs du club bouse. Il allait encore pouvoir prouver à toute la région sa farce, son courage, sa hargne...
« Grouille-toi », hurla à son encontre l’entraîneur qui faisait les cent pas devant l’entrée du club, visiblement furieux du retard pris par son joueur fétiche, « le public est plus que chaud, on attend plus que toi, et si ça continue, vont casser tous les gradins, ces furies. File vite enfiler ton équipement, on est dans le premier vestiaire. Allez, magne-toi » .
Pascal posa son sac négligemment sur le banc, ôta ses habits de ville qu’il accrocha avec une minutie quasi obsessionnelle au porte-manteau vacant et se mit à revêtir religieusement sa tenue d’apparat, en respectant scrupuleusement ce rituel inconscient, fruit de l’expérience acquise par des années de pratique rigoureuse. C’était pour lui des instants magiques où le soin extrême apporté à chaque geste participait à faire monter la pression, où le moindre mouvement orchestrait en mélomane averti la partition qui se jouerait bientôt.
Il sentait l’orgueil monter en lui, comme la mousse épaisse d’une bonne bière, imaginait déjà les scénarios qui se profilaient, entrevoyait taus ces regards envieux des supporters lorsqu’il apparaîtrait enfin, paré des couleurs du Club, écrasant de sa mâle assurance tant ses partenaires que ces adversaires.
La voix impérieuse et froide de son entraîneur retentit : « fini de rêvasser, fainéant, ça démarre. Allez, tous en scène, bougez-vous les miches, dépensez-vous un max et faites-nous honneur, c’est tout ce qui nous reste ».
Pascal se sentit pousser par la grosse peluche indélicate de son coach et trébucha en entrant sur scène. Ce fut un brouhaha de hurlements hystériques et stridents tandis que s’égrainaient les premières notes d’une mélodie aussi lente que sirupeuse. Pascal se mit aussitôt à se dévêtir, dévoilant son athlétique corps à un public exclusivement composé de représentantes du beau sexe gesticulant et piaillant à qui mieux mieux en essayant de toucher un bout de sa plastique impressionnante
« Chippendale, c’est mieux que chômeur », se rassura-t-il intérieurement tandis qu’il dégrafait très professionnellement son string rouge dans un tohu-bohu indescriptible, digne du Stade de France . . .
Librement adapté de « THE FULL MONTHY » par Jean-Christophe LAVAL (Ex joueur de l’Iris club Lillois)...
Et avec toutes mes Amitiés et ma rugbystique reconnaissance


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